La facilitation dans le secteur de l’éducation  – Portrait de Julia Gaudreault-Perron

La facilitation dans le secteur de l’éducation – Portrait de Julia Gaudreault-Perron

 

C’est quoi au juste le métier de facilitateur ou de facilitatrice?

La facilitation est, à mon avis, un outil essentiel à la collaboration. J’ai eu la chance de mesurer, à plusieurs reprises, la force de la collaboration pour atteindre les objectifs d’un groupe, innover et faire émerger l’intelligence collective.

Au cours des derniers mois, je suis allée à la rencontre de cinq facilitateur.trice.s avec qui j’ai eu le bonheur de collaborer ou de co-animer dans les dernières années afin d’échanger sur leurs façons de faire, leurs bons coups et de leur plus grande fierté!

Aujourd’hui, je vous présente le portrait de Julia Gaudreault-Perron, conseillère à l’innovation à l’Université Laval avec qui j’ai eu la chance de co-animer et co-créer dans mon ancienne vie. Pétillante, créative, engagée sont assurément les trois mots qui me viennent en tête quand je pense à Julia. Tout au long de sa carrière, elle a œuvré sur des projets où la collaboration était au cœur de ses façons de faire. Elle est aussi très engagée dans le milieu culturel, notamment à titre de vice-présidente du conseil d’administration du Théâtre Périscope.

***

Qu’aimeriez-vous partager par rapport à votre cheminement professionnel qui vous a conduit vers la facilitation?

Je pense que c’est souvent un concours de circonstances et un cumul d’expériences qui nous mènent à la facilitation. Dans mon cas, c’est une combinaison d’études universitaires en psychologie et en éducation, d’expérience professionnelle d’une dizaine d’années en innovation numérique où j’ai réalisé des mandats auprès d’écoles, de musées, d’usines et de ministères, mais aussi d’implications dans mon milieu via des conseils d’administration, et des voyages en solo hors des sentiers battus. Jamais je n’aurais pensé que cela me mènerait à la facilitation de l’innovation dans une université, mais en regardant ça a posteriori, chacun des éléments de ce parcours a énormément de sens dans ma posture professionnelle actuelle, dans les compétences que je déploie et dans les valeurs qui teintent ma façon d’intervenir.

Comment vous décririez-vous comme facilitatrice?

Je me vois comme étant au service du processus de groupe. Mon attention est portée sur l’objectif collectif, quel qu’il soit, ainsi que le chemin pour s’y rendre. Je dirais que je suis une facilitatrice rassembleuse, humaine, curieuse et très passionnée !

À la blague, quand je dois décrire ce que je fais dans la vie, je dis souvent que je suis « experte de rien » (rires). Au début de ma carrière, cet aspect me complexait parce qu’on vit dans un monde qui valorise beaucoup l’expertise et moi, je ne suis pas experte d’un domaine, comme le sont les architectes, les enseignant.e.s, les avocat.e.s ou les ingénieur.e.s mécaniques, par exemple. Mais, aujourd’hui, je réalise que c’est justement là que se trouve ma force en facilitation ou en gestion de projets : dans cette expertise de processus, du « comment », mise au service d’une foule de domaines et d’expertises de contenus.

J’ajouterais que je suis une facilitatrice qui apprécie particulièrement travailler sur le processus à moyen ou long terme avec une organisation, même si animer une activité de cocréation ou de collaboration sur une durée très limitée a aussi un côté très énergisant qui me plait. 

Quelle est votre définition de la collaboration?

La collaboration, pour moi, c’est mettre à contribution différentes expertises, compétences et visions, parfois improbables ou même opposées en apparence, au service d’un objectif commun. C’est se mettre ensemble pour relever un défi collectif, en plaçant ses objectifs personnels au second plan.

Selon vous, quelles sont les trois qualités essentielles d’un.e bon.ne facilitateur.trice?

  • Être curieux.euse et avoir une bonne capacité à faire des liens, parce que c’est ce qui nous aidera à poser les bonnes questions et faire les bonnes interventions pour propulser les idées du groupe.
  • Tolérer l’ambiguïté et l’incertitude, parce que chaque équipe y fera face (inévitablement) et ce sera nous le phare dans la brume ! Il faut aussi accepter que l’on n’ait pas réponse à tout et être assez dégourdi pour trouver les ressources qui faciliteront le travail des équipes que l’on accompagne.
  • Embrasser l’imprévu, ce qui est encore davantage qu’avoir une bonne capacité d’adaptation, parce qu’il faut vraiment aimer les surprises, tant sur le plan humain que sur le plan des idées, et s’en servir pour mener le groupe encore plus loin. Être hors de sa zone de confort peut être insécurisant, mais c’est souvent là que la magie opère !

Selon vous, quels sont les trois principaux « bloquants » à la collaboration?

  • L’ego. Si une personne tient seulement à ses idées, le résultat du groupe s’en trouvera réduit.
  • La recherche de la perfection. Parfois il faut se satisfaire d’une solution « parfaitement imparfaite » à un temps donné, pour ensuite la bonifier et l’améliorer dans un 2e Cela vaut aussi pour la recherche d’un consensus unanime : à vouloir plaire à tous et toutes tout le temps, on estompe parfois le résultat et la richesse de ce qui peut naître d’un désaccord ou d’une complémentarité de points de vue.
  • La peur. Peur de la réaction des autres, peur de se tromper, peur de ne pas y arriver, peur de partager ses contenus, peur du conflit, peur du changement, peur de perdre des acquis, etc. La peur favorise l’inertie.

Quelles sont trois principales raisons qui font que vous aimez votre travail de facilitatrice? 

  • Le fait que cela m’amène à découvrir différents univers, différentes pratiques de travail et différents domaines de savoir. Je ne m’ennuie jamais et ma curiosité est sans cesse renouvelée!
  • Le fait que c’est un travail très humain, qui me permet de contribuer à quelque chose de plus grand que moi et en lequel je crois.
  • Le fait qu’il n’y a pas deux jours qui se ressemblent. Je suis constamment hors de ma zone de confort et finalement, c’est ce qui m’apparait le plus stimulant. J’apprends QUOTIDIENNEMENT : sur une foule de domaines comme je le disais au premier point, mais aussi sur moi, mes forces et mes défis.

Quel conseil donneriez-vous à une personne qui aimerait devenir un.e facilitateur.trice?

Je lui conseillerais de sortir de sa zone de confort le plus souvent possible, de vivre des expériences très diversifiées et de s’observer. Une fois qu’on prend connaissance de ses réflexes (les bons et les moins bons!) dans différents contextes, on arrive mieux à cerner les compétences sur lesquelles on peut miser… et celles qu’on doit continuer de développer. Je pense que la clé est d’arriver à devenir tellement « confortable dans l’inconfortable » que c’est ce qui devient passionnant : de la peur de l’inconnu, on devient friand de tout ce qui émerge du groupe quand on mène bien le processus en naviguant dans l’inévitable incertitude. 

Quel est le projet réalisé en mode collaboratif dont vous êtes la plus fière?

Assurément celui que je mène en ce moment : la démarche des Chantiers d’avenir de l’Université Laval. Imaginer et mettre en place de nouveaux programmes de formation interdisciplinaires axés sur de grands défis de société comme le climat ou l’équité et l’inclusion de la diversité, ce n’est assurément pas simple pour une grande université. On le fait, car on croit qu’en complémentarité à nos programmes traditionnels disciplinaires, on doit se tourner vers les grands défis de notre monde et former des personnes capables de contribuer à y répondre. Or, ces défis-là sont très complexes et on ne pourra arriver à les résoudre seulement avec un seul angle disciplinaire. Il faut donc former des gens qui seront à l’aise dans la collaboration interdisciplinaire, qui adopteront cette posture-là d’emblée et qui auront de fortes compétences en résolutions de problèmes, en créativité, en communication, etc.

Cela exige pour nous de faire collaborer de manière atypique plusieurs facultés, départements, unités et services, qui ont chacun leurs expertises et leur culture interne. Certains nous disaient au début que c’était « impossible », vu la complexité du projet. Trois ans et demi plus tard, nos trois chantiers bien actifs, nos étudiant.e.s passionné.e.s et nos diplômé.e.s confirment que c’est bel et bien possible !

Julia-Gaudreault-Perron en action lors d’une facilitation! 

 

Quel est votre plus grand défi personnel ou professionnel à titre de facilitatrice?

J’ai parfois du mal à lâcher prise sur le résultat. Quand je vois tout le potentiel d’une équipe ou d’une idée, je dois faire attention de ne pas trop m’y attacher et me rappeler que le résultat n’est pas ma seule responsabilité comme facilitatrice, mais appartient plus largement au groupe. Un défi d’humilité et de respect de ses limites personnelles… puisqu’on ne peut pas tout porter.

Quels sont vos trois outils d’animation préférés?

J’imagine ici qu’on s’attend à des outils concrets, mais je crois qu’on oublie trop souvent qu’en réalité, nos principaux outils sont nos habiletés relationnelles et notre intelligence émotionnelle. Si je n’ai pas ça, mes Post-its ne me serviront à rien.

Côté numérique, j’aime beaucoup Miro, pour sa flexibilité et son utilisation très intuitive, et Mentimeter, pour les sondages rapides, nuages de mots, etc.

Quelle est votre référence (livre, podcast, magazine) de l’heure sur le thème de la collaboration?

Je lis principalement sur le leadership présentement, et je trouve qu’il y a beaucoup de lien à faire avec les compétences en facilitation et gestion de projets innovants. Range : How generalist triumph in a specialized world, de David Epstein est assurément une référence. Sur un ton plus léger, je jogge en écoutant le podcast de Brené Brown : Dare to lead. Des témoignages inspirants, particulièrement celui avec Barak Obama.

Au sujet de la facilitation et de la collaboration, j’achève la lecture de Facilitating breakthrough : How to remove obstacles, bridge differences, and move forward together, de Adam Kahane, un auteur qui m’inspire beaucoup.

Où vous voyez-vous dans 5 ans?

Je n’ai pas de plan précis, je fais confiance au processus. 😉  Je me vois dans une posture professionnelle aussi épanouie que celle que j’ai aujourd’hui, à ouvrir de nouveaux chemins, entourée d’humains aussi passionnés et enthousiastes que moi ! Et je serai, assurément, en train de continuer à apprendre.

***

J’en suis convaincue!

Pour en savoir plus sur Julia Gaudreault-Perron.

 

 

 

 

 

 

 

 

Articles associés

× Envie de discuter de votre projet?