La facilitation dans le domaine financier – Portrait de Jean-François Banville

La facilitation dans le domaine financier – Portrait de Jean-François Banville

C’est quoi au juste le métier de facilitateur ou de facilitatrice?

La facilitation est, à mon avis, un outil essentiel à la collaboration. J’ai eu la chance de mesurer, à plusieurs reprises, la force de la collaboration pour atteindre les objectifs d’un groupe, innover et faire émerger l’intelligence collective.

Au cours des derniers mois, je suis allée à la rencontre de cinq facilitateur.trices avec qui j’ai eu le bonheur de collaborer ou de co-animer dans les dernières années afin d’échanger sur leurs façons de faire, leurs bons coups et de leur plus grande fierté!

Aujourd’hui, je vous présente le portrait de Jean-François Banville, maintenant directeur Coopération et Leadership socioéconomique chez Desjardins, anciennement chef d’équipe du Desjardins Lab, avec qui j’ai eu la chance de collaborer dans le cadre d’un mandat. Jean-François a géré l’équipe d’innovation au Desjardins Lab, un laboratoire qui a pour objectif de faire évoluer les services pour apporter de la valeur aux membres et aux client.e.s du mouvement. Inauguré en décembre 2015, le Desjardins Lab vise à amener l’innovation en incitant les équipes à sortir des sentiers battus et à éduquer par des ateliers, formations, conférences, etc. Un défi audacieux lancé par Desjardins, qui a vu dans ce projet une façon d’innover, de repenser et de bonifier les processus internes de l’institution financière.

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Qu’aimeriez-vous partager par rapport à votre cheminement professionnel qui vous a conduit vers la facilitation?

C’est arrivé de fil en aiguille! Sans doute à cause de ma nature curieuse et du fait que j’ai toujours été plus intéressé par l’humain que par les processus. J’ai commencé ma vie professionnelle dans le domaine de l’alimentation. Par la suite, j’ai poursuivi des études au MBA, puis je suis arrivé chez Desjardins où j’étais responsable de la gestion des produits de cartes de crédit pour la moyenne et la grande entreprise. Quelques années plus tard, j’ai accepté un poste aux opérations même si je ne me voyais pas du tout dans un tel poste. Pourquoi? On cherchait une personne qui allait voir et amener les choses de manière différente. Et c’est ce que j’ai fait! Entre-temps, le Desjardins Lab a été créé et j’ai voulu prendre part à ce projet qui me permettait d’être qui je suis tout en innovant et en faisant atterrir de nouveaux projets. Un très beau défi professionnel que je suis heureux d’avoir accompli au quotidien avec une équipe géniale.

Comment vous décririez-vous comme facilitateur?

Je suis très pratico-pratique! La question que je me pose toujours est la suivante : on a un objectif, maintenant comment on s’y rend? Il faut toujours se rappeler quels sont nos facteurs de succès et utiliser les outils de facilitation qui nous conviennent pour être à l’aise dans notre rôle de facilitateur.

Quelle est votre définition de la collaboration?

Pour moi, la collaboration, c’est accepter de se laisser influencer par d’autres personnes dans le cadre d’un projet ou d’un objectif commun. Une personne collabore dès qu’elle est prête à écouter l’autre. Cependant, si tu demandes l’avis d’une personne, mais qu’au final, ton intention n’est pas d’en tenir compte, nous ne sommes plus dans la collaboration.

Selon vous, quelles sont les trois qualités essentielles d’un.e bon.ne facilitateur ou facilitatrice?

J’en ai quatre en tête!

  • Tout d’abord, il faut avoir une grande curiosité intellectuelle. Pour faciliter des ateliers, la personne doit s’intéresser à plusieurs choses. Elle doit être curieuse de nature et avoir la capacité de voir des éléments ou de faire des liens que les gens dans le domaine ne verront pas. Si je cherche un.e facilitateur.trice dans mon équipe, la curiosité intellectuelle sera assurément une compétence centrale.
  • Il faut aussi être à l’écoute.
  • La personne doit également donner de la vélocité à ses animations. En facilitation d’ateliers, le temps est un facteur important. Les participant.e.s doivent sentir à la fois que le temps presse, mais aussi, qu’ils ou elles avancent dans la bonne direction.
  • Avoir le courage de challenger les idées du groupe. En facilitation d’ateliers, tu as toujours des membres du groupe qui vont prendre plus de place, d’autres qui auront des titres imposants. Comme facilitateur.trice, il faut défier les idées reçues, ne pas laisser une ou deux personnes prendre trop de place et ramener le groupe vers l’objectif commun, si tu veux que ta facilitation soit un succès.

Selon vous, quels sont les trois principaux « bloquants » à la collaboration?

  • Assurément le manque d’écoute. Souvent, dans un groupe, quand une personne pense qu’elle a LA meilleure idée, elle n’écoute plus les autres. Quand tu tiens mordicus à ton idée, que tu es trop engagé.e et tu n’es plus à l’écoute.
  • Être plus centré sur les processus que sur les personnes. Quand les processus prennent toute la place, les nouvelles idées sont parfois rejetées d’emblée sous prétexte que « la machine » ne peut pas y adhérer ou les réaliser. C’est pourquoi il est important de se centrer sur les personnes et non seulement sur les processus.
  • La peur de se tromper parce qu’en participant à des ateliers collaboratifs, nous arrivons avec une façon de faire, un produit, un service différent de ce à quoi nous sommes habitués. Nous pourrions alors croire à tort que nous sommes dans la mauvaise direction.

Quelles sont trois principales raisons qui font que vous aimez votre travail de facilitateur?

  • Je ne m’en cache pas, je suis un mouton noir! Mon profil atypique détonne souvent dans une organisation qui a pour mission de gérer le risque. Au Desjardins Lab, notre rôle, c’est challenger, de penser différemment, d’innover, de susciter le changement. J’aime ce rôle de facilitateur, car je fais partie d’une équipe où nous sommes plusieurs moutons noirs. Je me sens moins seul!
  • J’aime aussi l’idée de travailler dans une atmosphère différente et d’être au cœur du processus créatif. Ce que j’aime par-dessus tout, c’est de ne pas faire deux fois la même affaire.
  • Le sentiment extraordinaire que tu as lorsque tu as réussi une animation. Sentir l’enthousiasme des gens qui t’avouent qu’ils n’auraient jamais cru qu’ils auraient pu sortir autant d’idées en si peu de temps. L’impact que ça donne d’avoir une belle animation, c’est valorisant, les gens partent de l’atelier dynamisés, prêts à changer le monde. C’est très motivant!

Quel conseil donneriez-vous à une personne qui aimerait devenir un facilitateur ou une facilitatrice?

Allez-y avec ce que vous êtes! Oui, il y a de la matière, de la théorie… Oui il y a plein d’outils… Mais faites votre animation à votre façon. Et surtout, amusez-vous quand vous le faites parce que les équipes vont le sentir si vous n’avez pas de plaisir à jouer votre rôle de facilitateur.trice.

Par exemple, moi, je suis super pratico-pratique. Je connais la théorie, mais je n’aime pas la suivre à la lettre… Demandez-vous qu’est-ce qui vous rend à l’aise comme facilitateur.trice?  Comment avez-vous le goût d’animer votre groupe?

Quel est le projet réalisé en mode collaboratif dont vous êtes le plus fier?

C’est difficile à dire! Il y en a plusieurs. Je crois que ce dont je suis le plus fier c’est la dynamique de notre équipe. Pour moi, c’est une belle fierté d’avoir une « safe zone » dans l’équipe. Il y a beaucoup de respect et un bouillonnement d’idées constant. On n’a vraiment pas peur de challenger entre nous, de défier nos idées reçues.

Si je pense plus à un projet, je dirais que le premier projet que nous avons livré quand je suis arrivé au Lab Desjardins, c’est celui de la Fondation Desjardins, un de mes projets coup de cœur. D’abord à cause de la nature très noble de ce mandat qui était de favoriser la persévérance scolaire. Nous avons tenu plusieurs ateliers de facilitation avec toutes les parties prenantes : les caisses, les étudiant.e.s, les bénévoles, etc., et nous avons refait la conception du site Web en développant un parcours centré sur l’humain. Les résultats ont été très impressionnants par la suite. C’est vraiment un beau succès.

Quel est votre plus grand défi personnel ou professionnel à titre de facilitateur?

Livrer le projet! Pour moi, la facilitation, c’est la partie facile. Par la suite, ce qui est difficile, c’est de livrer ce que tu as développé. Une fois les ateliers de facilitation terminés, l’équipe qui va déployer le projet rencontrera assurément des défis et des embûches. Elle doit convaincre les gens, trouver le budget pour réaliser le projet, expliquer ses choix, aider les personnes à réaliser le changement… Il faut savoir faire cheminer le projet dans l’organisation et pour y arriver, il faut être fait fort!

Quels sont vos trois outils d’animation préférés?

  • Les murs. Permettre aux gens d’écrire leurs idées sur les murs ou sur les fenêtres, ça change complètement leur état d’esprit.
  • Les lieux ou les salles à l’extérieur. J’aime faire sortir les équipes du bureau et faciliter les ateliers dans des lieux parfois insolites. Les gens arrivent toujours de bonne humeur quand ils vivent un atelier ailleurs, dans un lieu spécial. Par exemple, nous avons osé animer des ateliers à la Basilique Notre-Dame ou à la salle des sens à l’UQAM. Deux endroits formidables pour faire naître de nouvelles idées!
  • Donner des exemples de scénarimage (storytelling). Les histoires, ça frappe l’imaginaire! J’aime prendre des exemples d’histoires qui m’ont marqué ou qui ont marqué les gens. Nous sommes tous capables de raconter des histoires. J’aime particulièrement les histoires de Nike, dont la campagne Dream Crazy.

Quelle est votre référence (livre, podcast, magazine) de l’heure sur le thème de la collaboration?

Mes collègues! C’est toujours enrichissant d’échanger et d’apprendre avec eux. Chaque fois que je consulte mes collègues sur un projet ou sur une idée que j’ai en tête, c’est toujours meilleur à la fin de nos échanges que ce que c’était au départ, même si parfois nous ne sommes pas d’accord!

Où vous voyez-vous dans 5 ans?

Je n’en ai aucune idée! On verra où tout ça va m’amener. Pour le moment, ce n’est pas dans mes préoccupations. J’aime rester ouvert aux opportunités qui se présenteront.

 

 

 

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