Le design thinking pour repenser le futur de l’international en enseignement supérieur

Le design thinking pour repenser le futur de l’international en enseignement supérieur

Dans les dernières semaines, j’ai eu le bonheur de travailler selon l’approche du design thinking en animant des ateliers de cocréation, dans un secteur d’activités qui a été grandement affecté par la crise de la COVID-19. Passionnée par la mobilité internationale depuis plus de 20 ans, j’avais le goût de réfléchir à l’avenir des activités internationales dans nos cégeps et nos universités, mais pas toute seule parce que j’étais convaincue qu’à plusieurs, nous pouvions aller plus loin. Motivée par ce projet, mais sans trop d’attente, j’ai lancé une invitation via mon infolettre et les réseaux sociaux. Mon objectif : expérimenter la cocréation en groupe pour repenser le futur de l’international en enseignement supérieur en misant sur l’approche du design thinking.

Le design thinking est une approche de résolution de problèmes centrée sur l’humain, qui peut transformer la façon dont vous travaillez et le fonctionnement de votre organisation. Rien de moins! Plus concrètement, il s’agit d’un ensemble d’outils et de méthodes à utiliser pour relever des défis sociaux, environnementaux, commerciaux ou stratégiques.

Ainsi, du 30 mai au 22 juin dernier, 15 personnes ont manifesté de l’intérêt et ont pris part au projet, à différents moments. Notre groupe, composé de professeurs, de professionnels de l’international, d’étudiants et de cadres, a accepté avec beaucoup d’enthousiasme le défi lancé : donner naissance à un ou des scénarios novateurs pour maintenir des activités internationales au sein des établissements d’enseignement supérieur. Pour y arriver, j’ai proposé à notre groupe interdisciplinaire (experts en anthropologie, en sciences sociales, en gestion et administration, en sciences et en génie) de vivre un sprint virtuel avec des activités de co-création qu’ils pouvaient réaliser au moment qui leur convenait ainsi que trois ateliers collaboratifs en direct.

Une partie de notre beau groupe engagé et créatif!

 

J’ai eu un vrai coup de cœur pour le design thinking (aussi appelé processus de conception intégrée ou pensée créative) alors que j’étais directrice du Centre de formation en développement durable (CFDD) de l’Université Laval de 2012 à 2018. Le CFDD a été pour moi une grande source d’inspiration où j’ai eu la chance d’apprendre aux côtés des « meilleurs » : des architectes, des ingénieurs et des spécialistes de l’animation, qui m’ont permis de découvrir cette façon de travailler. Depuis, je suis convaincue que cette approche m’a permis, dans les projets que j’ai réalisés, de :

  • Mettre l’humain au cœur du processus
  • Forcer le dynamitage des silos
  • Travailler différemment pour obtenir un nouveau résultat
  • Générer rapidement des solutions optimales, innovantes et durables

Le processus collaboratif est une expérience humaine avant tout et je crois que c’est pour cette raison que ça me rejoint tant!

Qu’est-ce que le design thinking?

 Développé à Stanford dans les années 80, le design thinking est une approche collaborative qui mobilise et concentre l’intelligence collective sur les solutions à offrir. Elle peut être utilisée pour développer des projets dans tous les secteurs d’activités que ce soit pour élaborer une stratégie de développement durable, construire ou rénover un nouveau bâtiment, élaborer une planification stratégique en entreprise ou lancer un nouveau produit ou service.

La démarche s’articule autour des cinq grandes étapes comme l’illustre le schéma ci-dessous. Il ne s’agit pas d’un processus linéaire, mais bien itératif, qui nous invite à réaliser rapidement un prototype pour faire valider la solution choisie par l’utilisateur afin de recueillir sa rétroaction dans une perspective d’amélioration du produit ou du service développé.

Adaptation de Marie-Andrée Roy, inspirée du modèle de Stanfort D. School

 

Pour pouvoir bien mener un processus collaboratif, il est essentiel de nommer notre intention, notre mission. Celle-ci guidera l’ensemble des actions posées dans le processus et permettra aux différents acteurs impliqués de trouver des solutions.

Pour notre projet, « Repenser le futur de l’international en enseignement supérieur», nous avions la mission et le livrable suivants :

Mission du groupe : Donner naissance à un ou des scénarios novateurs pour maintenir des activités internationales au sein des établissements d’enseignement supérieur.

Le livrable : À la fin du projet, dévoiler 1 à 3 prototypes afin de les faire tester par des publics ciblés et recueillir leurs commentaires.

 

Comment s’est déroulée cette expérience de cocréation?

Pour atteindre notre mission de groupe, plusieurs outils et méthodes ont été créés sur mesure afin de faire émerger l’intelligence collective. Les plateformes Mural et Zoom ont été privilégiés pour travailler en mode collaboratif à distance.

Les outils et les méthodes utilisés pour ce projet

Les outils et méthode utilisés pour ce projet

 

Un scénario incluant 5 grandes étapes du processus de design thinking a été proposé par courriel à l’ensemble du groupe pour lancer le projet. Voici comment nous avons vécu notre sprint dans les dernières semaines.

Étape 1 – Identifier le problème

Pour lancer le projet de cocréation, une première mission a été lancée au groupe par courriel. Des consignes et des outils pour circonscrire leur objectif et ensuite cartographier le problème à résoudre ont été aussi envoyés pour la réalisation de cette mission.

Il fallait donc identifier l’objectif de projet sur lequel le groupe allait focaliser, se familiariser avec l’approche du design thinking et se préparer individuellement au premier atelier collaboratif.

Pourquoi avoir commencé le travail de co-création avec une approche individuelle? La réflexion personnelle est extrêmement importante dans un tel processus. Les activités de remue-méninges (brainstorming) comme nous les connaissons tous sont souvent inefficaces. Demander à un groupe de s’exprimer devant tout le monde, sans avoir pu se préparer initialement peut être intimidant pour certaines personnes. Nous nous éloignons alors de notre volonté de générer de bonnes idées, pour le bien du projet!

Étape 2 – Définir notre objectif

Un premier atelier de cocréation live s’est tenu avec le groupe sur la plateforme Zoom. Dans un premier temps, une activité brise-glace a été lancée pour permettre aux membres du groupe de faire connaissance, d’établir un climat de partage authentique et de confiance. Il s’agit d’une étape clé du processus, car le design thinking, c’est un état d’esprit! Quelques notions théoriques sur la pensée créative ont été présentées avant de se lancer dans des sous-groupes de travail pour déterminer l’objectif de travail du groupe, à partir du travail individuel réalisé en amont avec les fiches de travail. Cet objectif se devait de refléter les principes de l’équipe et être ambitieux!

 Étape 3 – Trouver des pistes de solutions

 Après un atelier de cocréation très intéressant et stimulant où nous avons pu faire connaissance et démystifier le processus du design thinking, nous avons arrêté l’objectif de travail suivant :

 

« Élaborer des modèles d’internationalisation de la formation et de la recherche, collaboratifs, inclusifs et flexibles, qui explorent des formes hybrides (mobilité traditionnelle vs virtuelle) et favorisent le développement de compétences internationales, dans une approche de responsabilité globale ».

 

Ainsi, une deuxième mission a été lancée au groupe par courriel avec une troisième fiche de travail. Comment allions-nous transformer notre vision du projet en réalité vivante?

En sous-groupes, il fallait maintenant cartographier notre projet afin de construire son histoire, définir notre public cible et commencer l’idéation de notre projet. Tout un défi! En cartographiant notre projet sous forme d’un schéma, nous devions retracer le parcours type de tous nos publics cibles (étudiants, professeurs, responsables des projets internationaux, directeurs ou coordonnateurs de programmes, etc.), et ce, de la manière la plus précise possible.

Comment toutes ses parties prenantes allaient-elles vivre les différentes étapes de notre nouvelle « histoire»? Comment allaient-elles découvrir notre service, le comprendre et surtout, choisir d’y participer? Nous devions identifier les « risques » les plus importants pour pouvoir ensuite passer des problèmes aux solutions lors de notre deuxième atelier collaboratif live.

Lors de notre deuxième rendez-vous sur Zoom, la cartographie du projet a d’abord été présentée et commentée. Ensuite, grâce à l’activité « Présentations flash», nous nous sommes lancés dans l’idéation après avoir précisé notre objectif (qui était tout de même très général) et avoir choisi deux cibles: les étudiants et les professeurs.

Nous avons donc lancé une séance d’inspiration en équipe de deux personnes afin de construire notre projet. Il faut savoir que les nouvelles idées émergent souvent de produits ou services existants dans un autre marché que le nôtre ou encore chez un concurrent. J’ai donc demandé aux équipes d’aller très loin et très près de leur domaine pour générer de nouvelles idées! Et parce qu’une image vaut mille mots, je leur ai demandé de réaliser des croquis simples pour présenter leurs idées à l’ensemble du groupe par la suite.

À la fin de cette deuxième séance de cocréation, nous avions un « mur » rempli d’idées, quatre semaines après avoir commencé notre sprint de design thinking.

Étape 4 – Construire un prototype

La troisième mission du groupe a été de continuer à alimenter le mur d’idéation dans Mural en y ajoutant des croquis, des photos, des idées, sans se censurer, au cours de la semaine suivante. Les participants étaient encouragés à déposer des idées qui les inspirent et qui allaient leur permettre d’atteindre l’objectif fixé par le groupe.

Par la suite, à partir de tous les outils mis en place (fiches de travail, cartographie du projet, idées sur le mur, etc.), il fallait passer au vote afin de cibler les idées les plus porteuses, qui allaient servir à la scénarisation du projet final: le prototype présenté à l’un des deux publics cibles identifiés.

Pour faciliter la réalisation du prototype, j’ai proposé au groupe d’utiliser la méthode du storyboard (scénarimage) qui vise à établir le scénario grâce à une quinzaine de vignettes. Cette étape consiste à mettre en images et raconter, un peu comme dans une bande dessinée, ce que verront et testeront nos utilisateurs futurs (clients potentiels).

Étape 5 – Tester et améliorer

Le 22 juin dernier, l’équipe dévoilait sa solution: une plateforme collaborative de projets internationaux pour encourager la mobilité virtuelle des étudiants. En moins d’un mois, notre équipe avait donc réussi sa mission en proposant un prototype de projet, qui allait permettre le maintien d’activités internationales au sein des établissements d’enseignement supérieur malgré la situation de la COVID-19.

Ce prototype, présenté sous la forme d’un storyboard, nous permettra maintenant de tester notre projet auprès de notre public cible : des étudiants qui souhaitent réaliser un projet de mobilité internationale dans le contexte actuel. L’objectif, en présentant ce prototype qui n’est assurément pas parfait, est de recueillir rapidement les commentaires des utilisateurs potentiels de la plateforme afin de l’améliorer et de la perfectionner. Le design thinking étant un processus itératif, l’équipe sera possiblement amenée à revenir à certaines des étapes pour revoir certains paramètres du projet afin d’offrir le meilleur projet à ses utilisateurs.

Extrait du prototype réalisé pour le groupe                          © Projet collaboratif repenser le futur de l’enseignement supérieur

 

Et maintenant?

À chaque fois que je travaille selon ce processus collaboratif en cinq étapes, je suis impressionnée par la créativité et la qualité du prototype final présenté par les équipes.

Je suis convaincue que l’intégration de stratégies durables donne de la valeur à un projet. Le design thinking est donc, à mon avis, une approche qui nous permet de transformer les contraintes en opportunités, de favoriser une culture de l’innovation dans nos organisations en mettant ensemble, dès le début d’un projet, tous les acteurs clés afin d’avoir une vision interdisciplinaire de ce que nous voulons créer ou développer. N’est-ce pas ce dont nous avons besoin en ce moment?

Il n’y a pas de recette universelle pour faire du design thinking. Il faut trouver la bonne formulation pour chaque projet, car il amène des enjeux qui lui sont propres. C’est pour cette raison que je propose toujours un accompagnement sur mesure, adapté au projet à développer.

Vous avez envie d’explorer cette approche avec vos équipes pour l’un de vos projets? Ou encore de suivre un atelier de formation en pensée créative? Contactez-moi pour me parler de votre projet!

Articles associés

× Envie de discuter de votre projet?